Ce que parler de la terre veut dire : revendications territoriales, imaginaire géographique et construction identitaire en Guyane française
Ce que parler de la terre veut dire : revendications territoriales, imaginaire géographique et construction identitaire en Guyane française
C. Delattre
Abstract
Cet article analyse les imaginaires géographiques mobilisés par les acteurs et actrices socio-politiques de Guyane française pour parler de l’espace et revendiquer des droits fonciers. L’histoire coloniale de ce territoire ultramarin est marquée par une confiscation des terres – dont plus de 95 % reste propriété de l’État – générant un fort sentiment d’injustice parmi les peuples autochtones. Ces revendications s’inscrivent ainsi dans une demande de justice socio-spatiale, dans un contexte multiculturel traversé par une forte concurrence des mémoires coloniales, et sont étroitement liées à la reconnaissance et à la construction des identités autochtones. Par ailleurs, l’imaginaire de la forêt amazonienne – forgé par les représentations occidentales de l’époque coloniale et progressivement essentialisé – façonne des rapports spécifiques à cet espace, résumés par le triptyque « protéger, exploiter, habiter », ce dernier terme caractérisant le lien singulier des peuples autochtones à la forêt, qui couvre plus de 90 % du territoire. L’analyse des discours entourant la promesse de rétrocession de 400 000 ha aux communautés autochtones, inscrite dans l’Accord du 21 avril 2017, ainsi que des propositions de répartition de ces surfaces, révèle toutefois la coexistence de plusieurs rapports au territoire, plutôt que d’une vision unifiée.
