L’ironie à contretemps chez Annie Ernaux
L’ironie à contretemps chez Annie Ernaux
Frédéric Martin-Achard
Résumé
En partant de l’œuvre d’Annie Ernaux, cet article porte sur deux caractéristiques importantes des récits de transfuge de classe : l’importance du métadiscours et la question de l’ironie. Alors que son refus affirmé dans La Place, réitéré par la suite, est constitutif de la posture d’autrice adoptée par Ernaux, l’ironie refait surface dans Les Années. L’article étudie les modalités stylistiques de ce retour et s’interroge sur ses causes, en faisant l’hypothèse qu’une tentation ironique traverse l’œuvre d’Ernaux. Il avance l’hypothèse que l’ironie chez Ernaux intervient toujours à contre-courant : elle est récusée dans les années 1980-1990 tandis que la critique en fait une valeur esthétique dominante ; elle est pratiquée dans les années 2000, au moment de son possible déclin au profit de l’empathie. Il conclut que la posture d’Ernaux condamne peut-être les récits de transfuge de classe après elle à entretenir un rapport problématique à l’ironie.
